Les deux grenadiers

Les deux grenadiers

Robert SchumanDie Beiden Grenadiere, op. 49.
Thomas Busch, baryton – Filippo Farinelli, piano.

Die Grenadiere

Nach Frankreich zogen zwei Grenadier’,
Die waren in Rußland gefangen.
Und als sie kamen ins deutsche Quartier,
Sie ließen die Köpfe hangen.
Da hörten sie beide die traurige Mär:
Daß Frankreich verloren gegangen,
Besiegt und zerschlagen das tapfere Heer, –
Und der Kaiser, der Kaiser gefangen.
Da weinten zusammen die Grenadier’
Wohl ob der kläglichen Kunde.
Der eine sprach: Wie weh wird mir,
Wie brennt meine alte Wunde!
Der Andre sprach: das Lied ist aus,
Auch ich möcht mit dir sterben,
Doch hab’ ich Weib und Kind zu Haus,
Die ohne mich verderben.
Was scheert mich Weib, was scheert mich Kind,
Ich trage weit bess’res Verlangen;
Laß sie betteln gehn wenn sie hungrig sind, –
Mein Kaiser, mein Kaiser gefangen!
Gewähr’ mir Bruder eine Bitt’:
Wenn ich jetzt sterben werde,
So nimm meine Leiche nach Frankreich mit,
Begrab’ mich in Frankreichs Erde.
Das Ehrenkreuz am rothen Band
Sollst du aufs Herz mir legen;
Die Flinte gieb mir in die Hand,
Und gürt’ mir um den Degen.
So will ich liegen und horchen still,
Wie eine Schildwacht, im Grabe,
Bis einst ich höre Kanonengebrüll,
Und wiehernder Rosse Getrabe.
Dann reitet mein Kaiser wohl über mein Grab,
Viel Schwerter klirren und blitzen;
Dann steig’ ich gewaffnet hervor aus dem Grab –
Den Kaiser, den Kaiser zu schützen.

Les grenadiers

Longtemps captifs chez le Russe lointain,
Deux grenadiers retournaient vers la France;
Déjà leurs pieds touchent le sol germain;
Mais on leur dit: Pour vous plus d’espérance;
l’Europe a triomphé, vos braves ont vécu!
C’en est fait de la France, et de la grande armée!
Et rendant son épée,
l’Empereur est captif et vaincu!
Ils ont frémi; chacun d’eux sent tomber
des pleurs brülants sur sa mâle figure.
« Je suis bien mal » … dit l’un, « je vois couler
des flots de sang de ma vieille blessure! »
« Tout est fini, » dit l’autre, « ô, je voudrais mourir!
Mais au pays mes fils m’attendent, et leur mère,
qui mourrait de misère!
J’entends leur voix plaintive; il faut vivre et souffrir! »
« Femmes, enfants, que m’importe! Mon cœur
par un seul vœu tient encore à la terre.
Ils mendieront s’ils ont faim, l’Empereur,
il est captif, mon Empereur! … ô frère,
écoute-moi, … je meurs!
Aux rives que j’aimais,
rends du moins mon cadavre, et du fer de ta lance,
au soldat de la France
creuse un funèbre lit sous le soleil français!
Fixe à mon sein glacé par le trépas
la croix d’honneur que mon sang a gagnée;
dans le cercueil couche-moi l’arme au bras,
mets sous ma main la garde d’une épée;
de là je prêterai l’oreille au moindre bruit,
jusqu’au jour, où, tonnant sur la terre ébranlée,
l’écho de la mêlée
m’appellera du fond de l’éternelle nuit!
Peut-être bien qu’en ce choc meurtrier,
sous la mitraille et les feux de la bombe,
mn Empereur poussera son coursier
vers le gazon qui couvrira ma tombe.
Alors je sortirai du cercueil, tout armé;
et sous les plis sacrés du drapeau tricolore,
j’irai défendre encore
la France et l’Empereur, l’Empereur bien aimé »

Heinrich Heine

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