Violette Krikorian

Violette-Grigorian-photo Max Sivaslian
(Photo Max Sivaslian)

Violette Krikorian est née à Téhéran en 1962. Dès l’âge de dix ans elle écrit ses premiers poèmes en persan. Depuis 1975, elle vit en Arménie ou elle a étudié la philologie à l’Institut pédagogique d’Erevan.

À dix-huit ans, elle publie ses premiers textes dans la revue littéraire Garoun (Printemps). Rebelle, elle rompt avec l’Union des écrivains d’Arménie et, avec le critique littéraire Vahan Ishkhanvan – qui devient ensuite son mari – crée les revues Bnaguir (Texte original), puis Inknaguir (Autographe), cette dernière étant particulièrement destinée à faire entendre les nouvelles voix contemporaines. Elle est traduite en français par Vahé Godel et Denis Donikian.

 

Mon pays, tes crocs pourris et jaunes
m’entrent déjà dans la gorge.
Serre encore ou relâche-moi ! J’en ai assez de me débattre,
Pareille au papillon fixé par une aiguille.

Mon pays, champ de tir,
Tu es une aire de cirque et moi je suis ta cible.
Face à mes yeux ouverts ton arme vise mon cou,
Mon doigt sur la gâchette.

Au rythme du phénix tout pareil à un spot,
je meurs-je ressuscite, moi ton locataire,
tantôt chair à canon sous le drapeau,
tantôt sangsue abouchée sur ta veine.

Mule je suis qui porte sans discussion
Les restes chers de ton passé rouillé.
Et mon corps unique part en lambeaux.
Et la seule vie que j’ai tu ne l’épargnes pas.

À quoi bon marchander si je n’ai rien à vendre ?
Et dans la main de ta balance ma vie n’est d’aucun poids.
Et mon unique vie je l’ai donnée jusqu’à la perdre.
Pourtant je te pardonne, toi mon pays unique.

(in Que cet hiver est rude ! – Traduction de Denis Donikian, Éditions du festival Est-Ouest de Die, 2000)

 

AUTOCONFIRMATION
Mouvante, plus mouvante que le destin du sable,
rouge, plus rouge que le destin de la rose,
humide, plus humide que le destin de l’eau, je suis mouvante,
rouge, humide ;
rouge, humide, je suis mouvante,
donc j’existe.
Mes veines : lacets
nouant le fagot blanc de mes os
à ma colonne vertébrale comme à un mât.
Ma colonne vertébrale est très belle,
donc j’existe.
Mes yeux : deux aquariums remplis de lait
où nagent, tournent et frétillent
deux petits poissons vifs, à la queue de velours.
Mes petits poissons vifs nagent toujours,
donc j’existe.
Ma bouche : coffret ornementé, aux deux battants clos,
où s’alignent encore, en uniforme de nacre,
trente fidèles et vaillants soldats.
Mes soldats sont debout,
donc j’existe.
Ne pas être triste.
Me souvenir […]

(in Avis de recherche, Une anthologie de la poésie arménienne, Éditions Parenthèses, 2006)

 

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