Varmie

Varmie

Indicible est la joie du bouvreuil
sur une petite branche de peuplier,
dans la lumière de février près du lac gelé, glaçon de laine blanche,
près des décombres laissés par la guerre
dans les carcasses des saules,
sur les scories ramollies au dégel, dans la nuit refroidie.
Parfois je sais pourquoi je vis, nul besoin de mots pour le dire.
Colle mon dos, à la lumière du soleil, et reçois sa constance.
Comme il est simple d’être bon quand la nature est douce.
Et qu’on est libre, rassasié, juste un peu malheureux
que le jour passe à la nuit comme un oubli consenti.
Et pourtant tu n’es jamais jusqu’au bout sûr de toi,
et il te semble qu’au-delà du chemin du tombeau
un autre monde sort en rampant,
une frayeur séculaire bandée d’un vent mauvais
enveloppe et observe par portes et fenêtres
des bicoques, jadis debout, et des jardins rachitiques.

Et tu ignores si tu suis le chemin forestier de Kurzeniec à Taludz
dont ta mère autrefois te parlais ; et tu as oublié,
si tu sautes de bosquet en bosquet
jusqu’au cours du fleuve Skroda,
si tu es bien là au milieu des nuages et des feuilles,
entre Kielary et Przykop
et si tu dévoiles la dernière brique muette de la maison désunie.

Pourquoi dois-tu souffrir sans égard pour l’histoire et la faute ?
Cette terre t’accueille doucement et tu es son signe,
même si comme tout homme et tout sentiment tu dois disparaître.

Kazimierz Brakoniecki (Pologne)

Muza domawa, 2000

Traduit du polonais par Frédérique Laurent
In, Terra nullius. Une anthologie de la poésie polonaise
contemporaine de Varmie et Mazurie

Editions Folle Avoine

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