Pour une robe à fleurs rouges

Depuis dix saisons d’été je porte une robe blanche
à fleurs rouges
avec un col plat et des liserés clairs,
la taille est correctement marquée, j’aime la forme
simple qui couvre la poitrine et
fait le dos bien droit.

Depuis dix saisons d’été je porte une robe blanche
à fleurs rouges,
que je lave chaque soir
à l’eau tiède dans l’évier
pour qu’elle ne garde pas l’odeur de la peau chaude
et des longues marches dans la campagne.

Depuis dix saisons d’été je porte une robe blanche
à fleurs rouges
les jours de pluie et de beau temps,
pour aller acheter du pain ou écouter un concert
dans une église, pour jouer aux cartes
ou lire un beau roman.

Depuis dix saisons d’été je porte cette robe blanche
ornée de ces fleurs rouges qui a coûté exactement
huit euros et quatre-vingt-dix-neuf centimes
dans un grand magasin
que tu détestes,

je porte cette robe blanche à fleurs rouges
sachant que
tu l’aimes plus que les autres robes,
il arrive même qu’en rêves
— puisque tes rêves sont notre réalité — tu passes ta main
dessous, comme si c’était le geste le plus naturel
du monde

je porte cette robe blanche à fleurs rouges
parce que dans tes yeux
ces fleurs sont celles du désir
et cette robe est un nœud délicat
sur le cadeau de ma douceur
pour toi

Cécile Coulon

Pour avoir vu un soir la beauté passer, Le Castor Astral

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