L’ombre et la canicule

 

Mohamed-Al-Maghout


Tous les champs du monde
ligués contre deux petites lèvres
Toutes les avenues de l’Histoire
liguées contre deux pieds nusMon aimée
Eux voyagent et nous, nous attendons
Eux possèdent les potences
nous, nous avons les cous
Eux possèdent les perles
nous les taches de rousseur, les verrues
Eux possèdent la nuit, l’aube, le midi et le jour
nous, nous avons la peau et les osNous semons dans la canicule et eux mangent à l’ombre
Leurs dents sont blanches comme du riz
et les nôtres farouches comme les forêts
Leurs poitrines sont aussi douces que la soie
nos poitrines poussièreuses comme les places d’exécution
Malgré cela, nous sommes les rois du monde

Leurs maisons sont pleines de feuilles de dossiers
les nôtres de feuilles d’automne
Dans leurs poches, il y a les adresses des traîtres et des voleurs
dans les nôtres, celles du tonnerre et des fleuves

Eux possèdent les fenêtres
nous les vents
Eux possèdent les bateaux
nous les vagues
Eux possèdent les médailles
nous la boue
Eux possèdent les murailles et les balcons
nous les cordes et les poignards
Et maintenant
allons dormir dans la rue, ô mon aimée

Mohamed al-Maghout

Traduit de l’arabe par Abdellatif Laâbi
La joie n’est pas mon métier, Orphée/La Différence

 

 

 

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