La bague

 

Jean-Pierre Lemaire

La douleur t’a passé une bague au doigt
il y a des années.
Elle brille à peine
tu y penses moins qu’à ta montre ou tes lunettes.
Mais si tu l’oublies le matin sur un meuble
tu disparais pour toute la journée
dans les limbes du temps, et quand tu la portes
ce sont les autres qui deviennent visibles.
*

Tes yeux vides ont vu passer les saisons comme une statue au fond d’un jardin.
Le regard est descendu dans la pierre avec les pluies et le soleil.
Il suit le couteau qui travaille entre pierre et chair pour te délivrer depuis ta naissance.
Tu sens quelque chose enfin se détacher au dedans.
Es-tu libre?
Est-il encore temps de marcher en tenant ton cœur circoncis comme les martyrs leur tête tranchée?
*

L’amour te remet son bandeau sur les yeux.
Tu revois la route que tu n’as pas prise entre les châtaigniers, vers le
Sud-Ouest
la route de
Bazas et de
Compostelle avec cette ignorance autour de ton cœur comme l’air respirable autour de la terre
la clarté qui s’en va au pays de l’autre le chemin qui faisait ta fiancée lointaine pour lui laisser le temps de grandir en toi.
Dehors, le reflet des lampes
plus jaune, sans tige
sur la sombre rivière.
Dans le café, le jeune muet
dépose au coin des tables
ses petites enveloppes, bleues ou roses
avec l’horoscope, toujours le même.
Nous lisons, attendant qu’il revienne
pour que les lampes toutes ensemble
se posent à nouveau sur terre.

Jean-Pierre Lemaire

 

 

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