Ils lisent de la poésie

Ils lisent de la poésie

Regarde : j’ai perdu la page
Pendant que fleurissaient tes yeux.
Les vastes ailes de l’oiseau
De neige ont brouillé mon esprit.

Le masque tient des discours étranges !
Les comprends-tu ? Dieu seul le sait !
Les contes, c’est bon pour les livres,
La vie est prose – voilà ce que tu sais.

Mais pour moi sont inséparables
Toi – et la nuit, le fleuve brumeux,
Ces fumées qui s’immobilisent,
Ces rimes, joyeux lumignons.

Alors, ne sois pas plus sévère,
Sous ton masque, ne raille pas.
N’éveille pas dans la mémoire sombre
Une autre flamme – plus terrible.

Они читают стихи

Смотри: я спутал все страницы,
Пока глаза твои цвели.
Большие крылья снежной птицы
Мой ум метелью замели.

Как странны были речи маски!
Понятны ли тебе?— Бог весть!
Ты твердо знаешь: в книгах — сказки,
А в жизни — только проза есть.

Но для меня неразделимы
С тобою — ночь, и мгла реки,
И застывающие дымы,
И рифм веселых огоньки.

Не будь и ты со мною строгой,
И маской не дразни меня,
И в темной памяти не трогай
Иного — страшного — огня.

Alexandre Blok (Russie)

Le Monde terrible (Poésie/Gallimard, 2003) – Traduit du russe par Pierre Léon.

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