Exil

 

Peter Huchel

Exil

Le soir, les amis s’approchent,
les ombres des collines.
Ils passent lentement le seuil,
assombrissent le sel,
assombrissent le pain
et conversent avec mon silence.

Dehors dans l’érable
s’agite le vent :
ma sœur, l’eau de pluie
dans l’auge chaulée,
prisonnière
elle suit les nuages du regard.

Va avec le vent,
disent les ombres.
L’été pose la faux de fer
sur ton cœur.
Va-t-en, avant que dans la feuille d’érable
ne brûle le stigmate de l’automne.

Sois fidèle, dit la pierre.
Le crépuscule de l’aube
Point, là où lumière et feuillage
Habitent l’un dans l’autre
et le visage
se consume dans une flamme.

Exil

Am Abend nahen die Freunde,
die Schatten der Hügel.
Sie treten langsam über die Schwelle,
verdunken das Salz,
verdunken das Brot
und fürhen Gespräche mit meineme Schweigen.

Draussen im Ahorn
regt sich der Wind :
Meine Schwester, das Regenwasser
In kalkiger Mulde,
gefangen
blickt sie den Wolken nach.

Get mit dem Wind,
sagen die Schatten.
Der Sommer legt dir
die eiserne Sichel aufs Herz.
Geh fort, bevor im Ahornblatt
Das Stigma der Herbstes brennt.

Sei getreu, sagt der Stein.
Die dämmernde Frühe
hebt an, wo Licht und Laub
ineinander wohnen
und das Gesicht
in einer Flamme vergeht.

Peter Huchel

Gezählte Tage,
Suhrkamp verlag, Frankfurt/Main, 1972

Traduit de l’allemand par Emmanuel Moses
In, Peter Huchel : La tristesse est inhabitable
Editions La Différence (Orphée), 1990

 

 

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