Down town Manhattan


Le bitume et le froid,
Les avenues au noir,
Je marche dans les fumées,
Brouillard un dimanche soir.

Autour de nous, la ville,
Milliards de briques empilées,
Giant Buildings
Et murs de verre.

New York la plus belle
Dégondée, dévissée, dévergondée,
Les viscères épars,
Des poubelles sur le trottoir.

Maudit XXIe siècle,
Comme des gravures anciennes,
D’un XIXe siècle,
Terrible et romantique.

Noir et blanc en photos,
Quand passent les nuages,
Le vent souffle à faire peur
Dans les couloirs déserts.

Les clowns sur la piste,
Du beau travail d’artiste,
Les uns voient le tableau,
Noir charbon.

Un de mes amis expose à Tribeca,
Avant il gagnait beaucoup d’argent,
Quand il était en vogue…
Aujourd’hui, je suis content pour lui.

Un autre organise des concerts,
Des petits “grands concerts”,
Dans un loft qu’il a aussi acquis
Il y a longtemps…

Les jazzmen debout
Font de la musique
Comme on fait la cuisine
Ils ont leurs instruments

Et ils mettent le feu
En jouant free du Jazz
Oh Jazz ! Éternel Jazz viral et revival,
Comme des flèches d’énergie virile.

Fulgurances véloces,
Hoquets,
Dissonances,
Une attitude sans habitude.

La pose noble de celui qui tient son instrument
Comme un fusil sur un daguerréotype,
Les musiciens sont amoureux de la musique,
Une drogue.


Jouer pour jouer,
Comme on fait quelque chose,
Agir, persuadés qu’il faut le faire,
Faute de quoi, c’est l’enfer !

Cinquième étage,
L’Art abstrait vibre dans l’espace,
Et de tout le reste, on se fout,
On est dedans.

Et puis c’est fini on se salue,
Zinfandel, Chardonnay ou Cabernet,
Un verre, des cacahouètes,
Et pis un gâteau sec.

Nous revoilà là,
Dans l’ascenseur,
À nouveau la rue,
Et le silence relatif.

Moi, au bord du ravin
Petites lumières au lointain,
Élégance du destin
Qui tourbillonne en vain.

Gadgets fluos, bientôt les fêtes,
Reflets defeu doré,
Les vitrines explosent,
Comme chaque fin d’année, blues chagrin.

Viser un cœur de cible,
Les archers bandent en bande,
Boys & girls romantiques,
Et gothiques transis.

Rires et grimaces en biais,
Panneaux, pancartes sous tension,
Une centaine d’ados insolents,
Se réchauffent comme ils peuvent.

On croit qu’on ni croit plus,
Le système corrompu,
Refuser de pâlir,
Et vendre son âme aux diables.

D’un côté l’utopie,
Et les remises en cause,
Même sans argument,
Bien sûr qu’ils ont raison.

Pour les uns c’en est trop,
Pour d’autres pas assez,
Les obèses se goinfrent
Et les maigres se lassent.

De l’autre côté de la barrière,
Y aura toujours les pauvres,
L’espoir de consommer,
Consommer quoi ?


Les riches dinosaures,
Derrière la frontière
Masquent leur ambition,
Pour mieux s’encanailler.

On ne sait jamais,
Jamais, qui est qui ?
Riche ou pas ?
En friche ou au combat.

On est à la veille
De quelque chose de grave
Il est tard, tout veut sembler normal,
Tout est toujours normal.

La veille d’un accident,
Ou celle du cataclysme,
On ne veut pas savoir,
Que demain, on mourra.

Sidérés, abasourdis,
Délimités, paralysés
Devant l’état de ait,
On n’y pourra plus rien.

La tour s’est effondrée,
On vous avait prévenu,
Comme la société,
Mais on n’aura rien fait.

Plus de pétrole, trop de mal,
Plus assez d’eau, trop de sable,
Trop de sucre et de pollution plastique,
Ce sera la fin.

Sous des sacs en plastique,
Indignés “No Futur”,
Ils voudraient faire la révolution,
Mais les flics les embarquent.

Au-dessus, en dessous,
De toi, de moi, de nous,
La conscience au cachot,
Et l’âme au fond du trou.

Chanter à toute allure,
Pour tromper l’angoisse,
Compliment des dealers :
— Fuck you son of a bitch !

Good light,
Good night
Good flight,
It’s all right.

CharlÉlie Couture

NYC, décembre 2008
La Mécanique du ciel, « Curiosa & Cœtera », Le Castor Astral

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