Poésie

Poesia

Y fue en aquella edad…
Que la poesía llegó en busca de mí.
Yo no sé, no sé de dónde vino,
del invierno o de un río.
No sé cómo o cuándo,
entre fuegos violentos
o el retorno solitario,
allí estuve sin un rostro
y ésto me llegó hondo.

No supe qué decir,
mi boca no tenía palabras,
mis ojos estaban ciegos,
y algo empezó en mi alma,
una fiebre o unas alas al olvido,
y creé mi propio camino,
descifré ese fuego
y escribí la primera línea sutil,
tenue sin substancia,
puro sin sentido,
pura sabiduría
de alguien que no sabe nada,
y de repente ví los cielos desatados, abiertos,
planetas palpitando,
sombras perforadas,
atravesadas con flechas, fuego y flores,
el viento de la noche, el universo.

Y yo ser infinitesimal,
embriagado por ese inmenso vacío estrellado,
retrato, imagen de misterio,
siento a mi mismo como una parte del abismo,
rodando con las estrellas,
mi corazón se libera en el cielo abierto.
no, no habían voces,
no habían palabras, ni silencio,
pero desde una calle fui llamado por las ramas de la noche,
abruptamente entre las demás.

Poésie

Et ce fut à cet âge…
La poésie vint me chercher.
Je ne sais pas, je ne sais d’où
elle surgit, de l’hiver ou du fleuve.
Je ne sais ni comment ni quand,
entre feux violents
ou dans le retour solitaire
elle était là sans visage
et cela me marqua profondément.

Je ne savais que dire,
ma bouche n’avait aucun mot,
mes yeux étaient aveugles,
et quelque chose s’empara de mon âme,
fièvre ou ailes de l’oubli,
et je créai mon propre chemin,
déchiffrant ce feu,
et j’écrivis la première ligne subtile,
ténue sans substance,
purement sans sentiment,
pur savoir
de celui qui ne sait rien,
et d’un coup je vis les cieux dénoués,
ouverts,
des planètes palpitantes,
des ombres perforées,
traversés de flèche, de feu et de fleurs,
le vent de la nuit, l’univers.

Et moi, infime créature,
enivré par cet immense vide
étoilé,
portrait, image du mystère,
je me sentis partie
de l’abîme,
roulant avec les étoiles,
mon cœur se libéra dans le ciel ouvert.
Non, il n’y avait pas de voix,
Il n’y avait pas de mots, ni de silence,
mais depuis une rue je fus appelé par les branches de la nuit,
brutalement parmi les autres.

Pablo Neruda

Chili (1904-1973) Mémorial de l’île-noire (Memorial de Isla Negra, 1964) –

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