La moule

La Moule

La mer avait cet air sauvage
Des entre-deux, loin de la foule
Quand je vis, traînant sur la plage
Offerte au soleil, une moule
Elle bayait aux goélands
Tranquille, usant sa solitude
Avec un faux-air nonchalant
Que les moules n’ont pas d’habitude

Dans un nid d’algues aux reflets sombres
Elle s’abreuvait de clarté
Et je lui fis comme un coin d’ombre
En m’asseyant à ses côtés
Je contemplais ce coquillage
Sans oser croire mon bonheur
De voir ainsi sur une plage
Dans sa nacre battre mon cœur

Toute rumeur a son pareil
Qui vit quelque part sur la Terre
Je tends discrètement l’oreille
Et j’écoute monter la mer
La moule ne m’avait pas vu
Et toute à sa félicité
S’offrant ainsi à l’inconnu
S’étirait avec volupté

Qui peut dire ce qui nous pousse
Tapi loin du regard des foules
Je m’allongeais contre sa mousse
Et là je dégustais ma moule
Qu’auriez-vous fait d’autre à ma place ?
Pour ne pas perdre un paradis
Il faut prendre tout ce qui passe
Tant de moules meurent déjà d’ennui

Jehan Jonas

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