Toujours à Ostende

À Jérôme Leroy

« Si Dieu le veut, je retournerai à Ostende simplement parce que j’aimerais revenir sur les lieux du crime. Bien sûr, il n’y a pas eu encore de crime. Les gens aiment revenir sur les lieux. »
Marvin Gaye

De ma fenêtre à Ostende
La ville est une étrange Veilleuse

Ostende
La belle et la brune
La nuit et la brume
Où les filles du bord de mer
Sont chouettes comme des chants de nuit
et des chants de lune
Personne sur la Promenade
Pas même cet acteur Minetti déchu tragique olympien

Seulement l’écho des mouettes
Et les vagues qui gémissent au loin
Le vent malin qui grogne
une chanson de Vauvert et de marin

Comme des souvenirs de vaisseaux barbares
Des fantômes d’écume et de bruine
Comme un hiver de rien au cœur d’un cœur de théâtre

« Si Dieu le veut, je retournerai à Ostende »,
C’est Marvin Gave qui chuchote en souvenir

Ostende Ostende
Où il écrivit « Sexual Healing »

Les masques de James Ensor
Dansent encore en vitrine
Non loin de la mer

Et dans le hall de l’hôtel
Toujours ce Minetti pacotille
Roi Lear et cœur en pièces
Au milieu des comédiens.

*


Demain nous irons à Bruges
chez l’antiquaire mystérieux
ou sur les traces de Georges Rodenbach
et de son héroïne défunte
Les petits voyages n’existent pas

Cette nuit sans saison
À Ostende À Ostende
Sur la jetée à Ostende
Nos pas-à-pas confettis
Comme des poésies gribouillis

Dans Ostende qui veille à la peine
et toujours enchantent ses passants
qui toujours reviennent
comme l’autrefois et la bruine

*
Demain nous serons à Bruges

Les petits voyages n’existent pas
A toujours vous revoir en fin de semaine
Nous sommes à Bruges je crois
À la recherche peut-être de L’Arcamonde
Boutique mystérieuse et romanesque de l’antiquaire
Bogart sur le Spiegelrei
La Pendule endormie Le Cœur-de-gloire La Lampe de Providence
L’Orgue de quinte*

À nous de jouer des moribonds
En une déambulation amoureuse et sépulcrale
Dans la ville de la défunte / Des brumes et des songes

Et adresser un coup de chapeau
à l’écrivain Georges Rodenbach
À son héroïne disparue magnifiée presque fantôme
La femme ville

Comme il est loin
« Son teint de fleur, ses yeux de prunelle dilatée et noire
dans de la nacre. »

Hier c’était Ostende

La mémoire du présent

Éric Poindron

Comme un bal de fantômes, « Curiosa & cætera », Le Castor Astral

*La série L’Arcamonde, d’Hervé Picart, qui conte les aventures d’un antiquaire amené à enquêter sur une série d’objets dans quelques villes d’Europe, a paru au Castor Astral.

 

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