Un Baiser

 

Marius Scalesi

Un baiser

Sur une table, avec sa robe blanche
Et ses cheveux lâchés en un flot d’or,
Ma sœur gisait, telle une enfant qui dort.
Elle portait sa bague du dimanche.

Bambin naïf, j’ignorais le trépas.
Comment savoir, que ma sœur était morte?
Mais sa raideur m’inquiétait en sorte
Que je pleurais et ne comprenais pas.

Cierges, cercueils, couronnes, eau bénite,
Enfants de chœur en camail violet,
Tout m’emplissait de frissons, me troublait;
Je pressentais un effroyable rite.

On m’oubliait. Plus un mot de douceur
Et j’accusais mentalement le prêtre:
«Cet homme noir et furtif comme un traître
Est donc venu pour me prendre ma sœur?»

Dans la stupeur d’un rêve qui se fane,
Je m’approchais de la morte, et nerveux,
Je mis bien vite, écartant ses cheveux,
Un doux baiser sur son front diaphane.

On m’expliqua qu’il fallait, au ciel bleu,
Bien des enfants, bien des fillettes frêles,
Pour seconder les angéliques zèles
Et préparer des gâteaux au bon Dieu.

Et ce baiser où j’appris la souffrance
S’est conservé sur ma lèvre depuis
Comme un arôme aspiré sur un lis,
Une saveur de mes ans d’espérance…

Un bacio

Sopra un tavolo, col vestito bianco
E i capelli sciolti in un onda d’oro,
Giaceva mia sorella, come fanciullo che dorme.
Con al dito l’anello della domenica.

Bimbo ingenuo, ignoravo il trapasso.
Come sapere, che era morta la sorella?
Ma m’inquietava la sua rigidità tanto
Ch’io piangevo e non capivo.

Ceri, feretro, corone, acqua benedetta,
Chierichetti in mantellina viola,
Tutto mi empiva di brividi, mi turbava,
Presentivo uno spaventoso rito.

Mi si dimenticava. Nessuna dolce parolina.
E accusavo mentalmente il prete:
«Quest’uomo nero e sfuggente come un traditore
Dunque venuto a rubarmi la sorella?»

Nello stupore di un sogno che sfiorisce,
Mi avvicinai alla morta, e nervoso,
Posai veloce, spostandole i capelli,
Un bacio dolce sulla fronte diafana.

Mi spiegarono che ci volevano, nel cielo azzurro,
Tanti bambini, tante ragazzine fragili,
Per assecondare le angeliche cure
E preparare dolci per il Padreterno.

E quel bacio nel quale appresi la sofferenza
Si è conservato da allora sul mio labbro
Come aroma respirato sopra un giglio,
Un sapore dei miei anni di speranza…

Marius Scalesi

 

 

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