Miroir dans l’obscurité


Le mur
Au creux de l’obscurité
il n’y a que sa page épaisse blanche
une page de neige étanche
Au-dessus de son firmament
je pose des oiseaux verts
des poissons arc-en-ciel
des cils
des prunelles
et puis rien
rien sauf les pierres lourdes
qui restent dressées
comme un miroir dans l’obscurité
Je porte mon regard à leur cime
et je vois une parcelle bleue
que je suppose être le ciel
ou la mer
Avec mes ongles et mes artères
j’escalade le corps du mur
jusqu’à la disparition du bleu
Je saisis alors que celui-ci n’est autre
que le sombre de l’épaisseur
Le mur est mur
Le mur est le mur d’un autre
Le mur est le mur de lui-même
Si tu t’y appuies
que tu fermes les yeux
et désespères
un autre mur poussera entre tes mains
un autre s’élèvera de ton corps
puis toi aussi tu t’élèveras
pierre épaisse tu t’élèveras
et deviendras le mur de toi-même
Quelqu’un viendra s’écrouler de désespoir devant toi
puis s’élèvera lui aussi
comme un miroir dans l’obscurité

Mohamed Achaâri (Maroc)

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