Matinale de mon peuple

Pour Baya

Tu disais des choses faciles
travailleuse du matin
La forêt poussait dans ta voix
des arbres si profonds que le cœur s’y déchire
et connaît le poids du chant

la tiédeur d’une clairière
pour l’homme droit qui revendique
un mot de paix
un mot à notre dimension.

Tu tirais de sa solitude
le rôdeur qui te suit tout pétri de son ombre
celui qui voudrait écrire comme tu vois
comme tu tisses comme tu chantes
apporter aux autres le blé
le lait de chèvre la semoule,
et si, dru dans le cœur et si fort dans le sang
la bonté de chacun
le charme impétueux des hommes solidaires

Parle ô tranquille fleur tisseuse des promesses
prélude au sûr éveil de l’orge
dis que bientôt l’acier refusera la gorge
bientôt le douar entamera la nuit.

Tu m’apprends à penser
à vivre comme tu es
Matinale arrachée à l’obscure demeure

Jean Sénac

Une réflexion sur « Matinale de mon peuple »

  1. Magnifiques les deux Jean
    Sénat
    Y
    La Fontaine.
    ***************************

    « La forêt poussait dans ta voix »

    Comme l’on dirait
    Qu’un feu de bois
    Crépitait dans la gorge
    Des chanteurs de Cante Jondo
    Là-bas en Andalucia
    Sur les berges du Guadalquivir.
    Dans la voix cassée de la Caïta
    Ou dans les gestes de la danseuse gironde à Ronda
    Ample et souple , danseuse
    Sans âge à laquelle il est des gestes plus francs que tous les gestes quotidiens de la vie courante,
    Dont ce geste du bras puis de la main comme une harmonieuse parole
    Parabole de l’indicible poésie dansée du Flamenco incandescent
    Sinon ce n’est pas du flamenco.
    Ce geste «  si dru dans le cœur et si fort dans le sang »
    C’est un art qui perd – dure
    Qui n’a plus rien à perdre
    Ni à gagner
    Juste un art de vivre.
    Comme ça
    Et pas autrement.

    Comme vivre en poème
    Dans le poème d’un jour
    Ou d’une nuit
    Mais poème toujours .
    Un art de vivre
    Tout court.
    Pour toujours.
    « Le charme impétueux des hommes solidaires »
    Vient apaiser la nuit qui vient
    Et son cortège de vents
    Contraires
    Sous le tonnerre
    Des horizons embrasés .

    Peut-être qu’il ne faudrait
    Guère autre chose
    Qu’un poème
    Une phrase
    Un mot
    Pour s’opposer aux mauvaises
    Augures
    En tout genre
    De toute espèce
    Endémique ou pas
    «  Un mot de paix
    Un mot à notre dimension »…

    Un mot initié portée
    Portée musicale
    Envoûtante
    Pour longtemps
    Telle cette rencontre
    Que l’on voudrait
    Pour longtemps
    Voir «  Tisseuse de promesses »
    Mes-tissages
    À portée de mots
    Mis en musique
    Et cadencés
    Pourquoi pas ?

    Véronique Chastelier
    Par une nuit de tempête
    Dans le sud-ouest
    Quelque part .
    Un 21/12/2019

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