Mais le rire viendra

J’aurais voulu habiter la statue de la liberté, la jungle qui est dans sa tête
Les tortues, les léopards, les éléphants qui sont sur l’herbe au-dessus de sa tête
En vrai, la statue de la liberté est un dragon
Un dragon caméléon qui pousse sur toutes les balles perdues
Moi, je suis une balle perdue qui n’arrive pas à se retrouver parmi les autres
Une balle perdue qui se couvre de ton ombre
Moi, je suis une balle perdue qui frappe la joue diablement belle de la dragonne
Une balle de rumeur dans un bol de riz que je tiens sous ton nez
Une balle perdue qui me prend pour ton œil, me presse contre ton cou
comme un dé à rejouer entre chacun de tes seins
Une balle dans les prés, dans les jungles de ta statue de ta dragonne
/
Casser la gueule, t’as vu ça, au serpent qui creva
Tunique hachée, bouche aimée, des vauriens dans tout ça
T’as pas le monopole du monde, ni celui des mouches, ni celui du sable gobé,
ni celui des lèvres écarlates
Ça bombe le cul, ça tombe le cœur, fait beau
Ça se chauffe aux bisons, aux tisons, ça bombe le torse, fait pas beau
Taisons tes fronts, tes tendons
Moi, une balle perdue
/
Ah ! ce sein doux que je mélange à ton pain

Le rire viendra comme une décharge de sable dans tes semelles

Seyhmus Dagtekin

Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, Gallimard, 2004

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