L’autre rive

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L’autre rive

Un jour, quand l’air pèsera comme une terre assoiffée sur les corps nus, peut-être parviendra-t-elle à être la voix de ce pèlerin qui s’est tu ou l’eau qui, goutte à goutte, glisse sur sa poitrine.
Il n’a jamais été sur l’autre rive, il sait que là-bas les dieux dorment dans la poussière. Et il sait que lorsqu’un homme par hasard s’endort sur l’autre rive – ce lieu qui toujours occupe le regard – ils se réveillent et se contemplent en lui.
Si cet homme, alors, se réveille, il devient un miroir qui éclate avec le soleil.
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La otra orilla

Algún día, cuando el aire pese como tierra sedienta sobre los cuerpos desnudos, tal vez alcance a ser la voz de aquel peregrino que enmudeció o el agua que, gota a gota, resbala por su pecho.
Él nunca estuvo en la otra orilla pues sabe que allí los dioses duermen en el polvo. Y sabe que cuando un hombre por azar se duerme en la otra orilla –ese lugar que siempre ocupó la mirada– ellos se despiertan y se contemplan en él.
Si ese hombre, entonces, se despierta, se convierte en espejo y estalla con el sol.
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Chantal Maillard (Espagne)