“Pour saluer Florence et Hussein”

« Pour saluer Florence et Hussein »

Un dieu sumérien m’écoutait
en se lavant les pieds
dans les vagues qui relient
le Tigre à l’Euphrate.

O Dieu ami, est-ce vrai que tu as
une fois chuchoté à ton épouse :
«dans ce monde, il m’est
difficile d’être Dieu ».

Soudain une foule d’anges
s’abat sur nous et se met
à lapider la langue :

Si la parole était de feu
le silence ne serait
qu’un début d’enfer.

En vérité, c’est au ciel que poussent
les racines de la catastrophe.
En vérité, à Bagdad, les pierres
pourraient se fendre de honte.

À Paris, dans une triste chambre,
j’ai voulu asseoir mon pays
sur mes genoux.

Ce n’était pas pour imiter Rimbaud,
sa manière de traiter la beauté, mais pour fonder d’autres droits
de l’homme que j’avais peur de
déclarer.

Combien la vieillesse de la langue
a besoin de l’enfance de
l’alphabet.

L’univers ne cessera de pleurer
et de sécher ses larmes
avec les corps assassinés,
jusqu’au jour où tu donneras
ton corps, ô ma terre,
aux bras de l’aube.

Adonis

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.