L’homme est toujours

L’homme est toujours

L’homme est toujours
le constructeur d’une prison.
Et l’on ne connaît un homme
que lorsque l’on sait quelle prison il a construite.
Quelques fois elle est la sienne propre,
mais elle est toujours aussi celle des autres.
Et il ne lui suffit pas de construire la prison : il fournit aussi le geôlier.
La seule chose que l’homme n’apporte pas
est le matériel pour construire la prison,
parce qu’il est partout en excès.
Mais il est une autre chose
dont on ne connaît pas l’origine :
le combustible pour l’incendie.
Parce que si tout homme est l’histoire de ses prisons,
la triste histoire d’un ex-détenu qui retourne dans sa cellule
ou en inaugure une autre,
parfois, est aussi l’histoire de sa brûlure
en incendiant la plus grande de ses prisons.
Ou sinon la plus grande,
du moins, celle qui était à sa portée.

El hombre es siempre

El hombre es siempre
el constructor de una cárcel.
Y no se conoce a un hombre
hasta saber qué cárcel ha construido.
Algunas veces parece sólo la propia,
pero siempre es también la de otros.
Y no le basta con construir la prisión:
aporta también el carcelero.
Lo único que el hombre no pone
es el material para hacer la prisión,
porque sobra en todas partes.
Pero hay otra cosa
que no sabemos quién la pone:
el combustible para el incendio.
Porque si todo hombre es la historia de sus cárceles,
la lamentable historia de un ex presidiario
que vuelve a su prisión
o inaugura otra,
a veces es también la historia de quemarse
al incendiar la mayor de sus prisiones.
O ni siquiera la mayor:
la que estaba en el límite.

Roberto Juarroz

 

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