Le temps en sursis

 

Ingeborg Bachmann


Le temps en sursis

Des jours plus durs approchent.
Le temps en sursis révocable
apparaît à l’horizon.
Il te faudra bientôt lacer tes chaussures
et renvoyer les chiens dans les fermes des marais littoraux.
Car les entrailles des poissons
ont refroidi dans le vent.
La lumière des lupins brûle chichement.
Ton regard suit la trace dans le brouillard :
Le temps en sursis révocable
apparaît à l’horizon.

Ta bien-aimée de l’autre côté s’enfonce dans le sable,
il monte autour de ses cheveux flottants,
il lui coupe la parole,
il lui enjoint de se taire,
il la trouve mortelle
et disposée à l’adieu
après chaque étreinte.

Ne regarde pas en arrière.
Lace tes chaussures.
Renvoie les chiens.
Jette les poissons à la mer.
Eteins les lupins !

Des jours plus durs approchent.



Die gestundete Zeit

Es kommen härtere Tage.
Die auf Widerruf gestundete Zeit
wird sichtbar am Horizont.
Bald mußt du den Schuh schnüren
und die Hunde zurückjagen in die Marschhöfe.
Denn die Eingeweide der Fische
sind kalt geworden im Wind.
Ärmlich brennt das Licht der Lupinen.
Dein Blick spurt im Nebel:
die auf Widerruf gestundete Zeit
wird sichtbar am Horizont.

Drüben versinkt dir die Geliebte im Sand,
er steigt um ihr wehendes Haar,
er fällt ihr ins Wort,
er befiehlt ihr zu schweigen,
er findet sie sterblich
und willig dem Abschied
nach jeder Umarmung.

Sieh dich nicht um.
Schnür deinen Schuh.
Jag die Hunde zurück.
Wirf die Fische ins Meer.
Lösch die Lupinen!

Es kommen härtere Tage.


Ingeborg Bachmann (Autriche)

Le temps en sursis (Die gestundete Zeit, 1953)
Toute personne qui tombe a des ailes (Poésie/Gallimard, 2015) – Traduit de l’allemand (Autriche) par Françoise Rétif

 

 

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