La branche

Cette branche pendante et gracile de saule,
Qui vibre parce que l’eau vibrante la frôle,
Ayant voulu sans doute écouter de plus près
Ce qui dit le ruisseau dans son tumulte frais,
Se pencha, d’une souple inflexion de tige,
Un peu d’abord, puis trop, – maladresse ou vertige !
Et l’eau, par une feuille, en courant, la retint :
Si bien qu’elle, à présent, dont c’était le destin
De vivre, avec toujours le même geste calme,
Dans l’azur, d’une indolente de palme,
Elle doit s’agiter sans cesse, trembloter,
Sangloter quand il plaît à l’eau de sangloter,
Se secouer gaîment si l’eau devient rieuse,
Et s’épuiser en longs émois, la curieuse,
Qu’estiment bien punie alors ses vertes sœurs,
Mais qui n’a nul regret des tranquilles douceurs,
Mais qui secrètement les raille et les méprise,
Mais qui se sent, et malgré le courant qui la brise,
Et l’affole, et malgré l’implacable ruisseau
Qui ne lui fait jamais grâce d’un seul sursaut,
Heureuse d’être celle avec qui communique
Le flot, et de savoir ce qu’il dit, elle unique !

Edmond Rostand

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