Hublots interplanétaires

Pour Anne Walker

Les ténèbres de l’espace
s’irisent à notre approche
d’algues et de filaments
où se dessinent des astres
dont certains sont habités
d’animaux inattendus
dans des forêts déroutantes

Parfois l’on croit reconnaître
des espèces disparues
sur notre propre planète
allosaures stégosaures
même l’archéoptéryx
au milieu des sigillaires
et des lépidodendrons

Comme si le temps s’était
décalé tout est plus jeune
dans quelques millions d’années
peut-être on verra des hommes
avec campements villages
des villes des autoroutes
et des crises financières

Ou c’est qu’ils ont échappé
à ce qui les a détruits
chez nous peste ou météore
ils ont poursuivi leurs voies
en toute tranquillité
et les petits mammifères
n’ont pu se développer

Ici ce sont des insectes
géants qui règnent en maîtres
édifiant des termitières
de textiles et cristaux
les papillons communiquent
en inscrivant sur leurs ailes
de mouvants idéogrammes

Ils ont appris à chanter
mais dans un autre registre
que nous ne pouvons entendre
il nous faut des décodeurs
que nos informaticiens
s’efforcent de mettre au point
dans leurs usines volantes

Ce que nous cherchons en vain
depuis des siècles de quêtes
c’est une autre humanité
ayant connu nos problèmes
et les ayant résolus
mais la narquoise Nature
veut que nous trouvions tout seuls

Michel Butor

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.