Dames Sarah

Dames Sarah

Nous Dames Sarah ! Nous sommes les pêcheurs de lune ;
Le tremblement de terre a maudit nos nuits sur la lagune
Nous Dames Sarah pourtant sans verge et sans patrons
Notre vaillance broie, au choc des avirons,
En Haïti, le séisme fatal règne en maître
Déchire notre chair pour nous soumettre
La mer, la mer ne veut plus être notre nourrice.
Ô Traitrise des vents du grand large…Avarice
De la vague ! Colère et deuils des nuits d’enfer
La rancune du sort a, désapprobatrice,
Posé sur notre front son gantelet de fer.
Aussi nous recousons, sur nos grabats de brande,
La voile déchirée où sèche un peu de sel,
Même si la dîme de nos maux est encore plus grande
Nous résistons aux résignations de notre cœur mortel
Nous remplaçons le mât quand la nef se démâte,
Nous taillons d’autres bois quand sa poupe prend l’eau
Le pleur n’a pas brûlé notre figure mate.
Mais un enthousiasme éternel et nouveau
Celui de Toussaint illumine nos cerveaux,
Louverture avec toi, malgré l’adversité funeste,
Nous renouvelons la beauté de notre geste.
Nous serons mères cinq fois, six fois, dix fois
Avec nos mains, nous renverserons les croix
Nous sommes les croyants vers les hauteurs partis,
Nous opposons, aux flots vides, nos démentis.
Et si le séisme prenant nos dernières amies
N’en laisse qu’une, parmi les hardes de ses voiles
Nous savons que l’espoir embrasera ses moelles

Elvire Maurouard

150 ans de poésie féminine en Haïti,  Éditions Bruno Doucey, 2010.

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