La fin et le commencement

La fin et le commencement

Après chaque guerre
quelqu’un doit faire le ménage.
L’ordre quel qu’il soit
ne se fera pas tout seul.

Quelqu’un doit repousser les gravats
sur les bords des routes
pour laisser passer
les voitures remplies de cadavres.

Quelqu’un doit s’embourber
dans la fange et la cendre,
les ressorts des canapés,
les échardes de verre,
et les chiffons sanglants.

Quelqu’un doit traîner une poutre
pour soutenir le mur,
quelqu’un doit vitrer la fenêtre
et raccrocher la porte sur ses charnières.

Ce n’est pas photogénique
et demande des années.
Toutes les caméras sont parties déjà
pour une autre guerre.

Il faut refaire les ponts
et les gares.

Les manches vont s’effilocher
à force d’être retroussées.

Quelqu’un, le balai à la main,
se souvient encore comment c’était.
Quelqu’un écoute
acquiesçant de sa tête non arrachée.
Mais déjà à côté d’eux
il y en aura
qui vont s’ennuyer.

Quelqu’un parfois encore
déterrera de dessous un buisson
des arguments rongés par la rouille
et les portera sur un tas d’ordures.

Ceux qui savaient
de quoi il s’agissait ici
doivent céder la place
à ceux qui en savent peu.
Et moins que peu.
Et enfin rien du tout.

Dans l’herbe qui a recouvert
les causes et les effets,
quelqu’un doit se coucher,
un épi entre les dents,
et bâiller aux corneilles
dans les nuages.

Wislawa Szymborska

Dans le fleuve d’Héraclite, traduction de Christophe Jezewski, Maison de la Poésie Nord/Pas de Calais, 1995.

Une réflexion sur « La fin et le commencement »

  1. ” Sur les chemins gisent des lances brisées ,
    les cheveux sont éparpillés ,
    les maisons sont sans toit,
    les murs teintés de rouge,”
    Chant Nahua
    Chant des vaincus à Mexico Tenochtitlán

    “Ensuite , la ville adolescente fuyante et intouchable ; plus on croit la connaître , plus elle devient étrangère . Des domiciles univoques , des talus arborés , des ronds-points souriants, des tramways aimables aux rues désertes et à la nuit sans coordonnées […]
    La ville remise à neuf au niveau des artères et du cœur -dans ses centres où tremble la terre.
    Ville aux cloches profanes et aux drapeaux téméraires .
    Ville aux places massacrées . Ville silencieuse , évitée , désertée .
    La ville autodidacte qui plonge nuit après nuit dans ses bas-fonds.

    La ville ébranlée par ses chers tremblements de terre.
    La ville déchiquetée .[…]

    Gonzalo Celorio
    Mexico,
    Ville de Papier
    Chronique
    Éd. Atelier du Gué 1997
    2001 traduction francesa

    Il y a ces retours de refoulés , ces soubresauts 8, puis 7 qui laisseront de nouvelles traces et autres fissures sur le Zocalo de Mexico Tenichtitlan
    Sans doute que la statue du grand et digne Cauhtemoc est restée debout face à la cathédral y au Palacio Nacional .
    Je L’ESPÈRE .

    Il y a quelques jours plus tôt j’inventais dans un poème flottant & jaillissant de peurs , l’idée que les eaux de ce qu’il reste de la lagune de Tenichtitlan étaient soulevées de vagues à cause d’un séisme violent ….

    Oh ! que J’aurai préféré me tromper et m’être juste en mots, enhardie dans les tréfonds de mon imagination vagabonde ….

    À Pessac
    Le Jour d’Aprés
    Et le Jour de L’an Juif

    Désormais ne rien dire -écrire de ses prémonitions périlleuses – peligrosas .

    Veroquetzali

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