Fleur

Fleur

La pierre.
La pierre dans l’air, celle que je suivais.
Ton œil, aussi aveugle que la pierre.

Nous étions
des mains,
nous vidions les ténèbres, nous trouvions
le mot, qui remontait l’été :
Fleur.

Fleur – un mot d’aveugle
Ton œil et mon œil:
ils s’inquiètent de l’eau.

Veille silencieuse,
pan de cœur par pan de cœur
cela s’enfeuille.

Un mot encore, comme celui-là, et les marteaux
s’élancent dans l’espace libre.

Tant d’étoiles, que l’on nous tend.
J’étais,
quand je te vis – quand ? –
dehors parmi
les autres mondes.

O ces chemins, galactiques,
O cette heure, qui nous
compléta des nuits sur le fardeau de nos noms. Il n’est,
je le sais, pas vrai,
que nous ayons vécu, il passa aveugle un souffle entre
Là-bas et Pas-là et le Parfois,
un œil siffla comme une comète
allant vers l’éteint, dans les ravins,
là, où cela se consume sans éclat, se tenait
le temps, en majesté
et déjà vers le haut, vers le bas, poussait sur lui
ce qui fut ou ce qui sera -,

je sais,
je sais et tu sais, nous savions,
nous ne savions pas, mais
nous étions pourtant là et pas là-bas,
et de temps en temps, quand
seul le Rien se tenait entre nous,
alors nous étions totalement l’un et l’autre

En haut,
les voyageurs
demeurent
inaudibles

Paul Celan

Une réflexion sur « Fleur »

  1. ” En haut, les voyageurs demeurent immobiles “.

    Ils sont parmi d’autres voyageurs d’avant , de maintenant , et les fleurs continueront de fleurir …
    Échos – ricochets sur les eaux troubles et autres malas ondas qui se soulèvent:
    Daniel Maximin ” Les fruits du cyclone”
    Une géopoétique de la Caraïbe
    Ed. Seuil
    Antilles , ailés amerries : c’est là que je suis né.
    Îles interdites de retour sur leurs passés continentaux, de mythes d’origine, sans rhapsodies ni griots pour la lamentation et la célébration, acculées à des bricolages entre l’inédit et l’improvisé, édifiant toute genèse sur des débris de mémoire arrachés aux exodes .
    Toute une humanité assoiffée de liberté , échappée des cales de l’enfer pour s’abreuver au soleil des résistances fertiles, chanter en cœur-solo l’espérance et la liberté, plier sans rompre sous l’ouragan d’outrages.
    Partout et toujours la Caraïbe le proclamé par la voix de tous ses poètes : nous sommes ” la plaie phosphorescente d’une insondable source” (Jacques Roumain d’Haïti) , ” une dent mal chaussée sur l’éclatant dentier des Caraïbes ” ( Guy Tirolien de
    La Guadeloupe), héritiers sans-papiers de ” ces banlieues minables des Édens maudits qu’un rien ferait basculer vers le bonheur” […]
    P13

    Elle , la Caraïbe, est liée à l’autre Le grand Pacifique ( dont il n’a de pacifique que le nom) , et à notre Atlantique , ils forment cet immense cimetière marin , qui renferme et berce les voix, toutes les voix mêlées : des conquistadores et des amérindiens deracinnés pour être exhibés à la cour des rois et reines d’Europe avide et arrogante , les voix des pirates et corsaires et des négriers noyés avec leurs esclaves suicidés ou jetés par dessus bord avant l’esclavage en terras incignitas ici et là.
    Une géopolitique entremêlée , enlacée même aux géopoétiques , d’une même Voix…. Ou presque.

    Véronique

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