Cantique

Cantique

Ce soir très tard à l’heure qui noircit la montagne
Je partirai
Avec mon bâton de cèdre comme unique bagage
Du creux de ma vallée grise
Vers toi je monterai
La lune ronde éclairera mon ombre
Comme Orion aveuglé marcha vers la lumière
Elle sera par elle guidé sur ton chemin
J’éviterai les pierres
Et la nuit seule entendra mes pas argentins
Sur les graviers crisser

Au seuil de ta porte j’en trouverai le maroquin
Et les paupières closes
Toutes ses touches j’effleurerai
Le sésame découvert sans devoir m’annoncer
Je m’introduirai dans ta demeure
L’alarme ne se déclenchera pas
Les gonds auront été huilés
Et rien ne grincera et rien tu n‘entendras
A peine sentiras-tu qu’un flux de fraîcheur
Un moment te frôlât sans qu’en soit cherchée
Dans ta confiante attente l’exacte provenance

Guidé par la senteur d’oranger (ou de rose ?)
De ta cheminée
Mêlée à celle goudronnée de la cendre
J’irai silencieux à travers ma pénombre
Vers le foyer
Y déposerai le vieux bâton de cèdre
Devinerai les braises en veille
Qui sous mon haleine ranimées
Rendront un parfum de bonheur
J’inhalerai en retour leur halo enfumé
Dans les tiédeurs j’arrangerai le bâton
Maintenant décoré d’une sève dansante
Puis n’y toucherai plus fumée sève ou rien
Le temps nécessaire
Le temps d’une prière
Pour que des étincelles crépitent
En un bouquet d’astres
Et que le foyer en son nadir tremble

Moi l’aveugle errant moi le voyageur sans bagage dans un éblouissement primal je Te verrai soudain. Je Te verrai comme à l’aube du monde. Nimbées de vapeurs se dévoileront des formes qui à Ta Forme ressemblent.Tu sauras que je les vois. Le vieux bâton de cèdre rira de tout son cœur pour moi.
Et de Ton NOM
J’écrirai les lettres à l’encre de ma nuit.

(Inspiré du Cantique des Cantiques)

Jean-Louis Dermarquez

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