Plain-Chant

Je n’aime pas dormir quand ta figure habite,
La nuit, contre mon cou ;
Car je pense à la mort laquelle vient si vite
Nous endormir beaucoup.

Je mourrai, tu vivras, et c’est ce qui m’éveille !
Est-il une autre peur ?
Un jour, ne plus entendre auprès de mon oreille
Ton haleine et ton cœur…

Ah ! je voudrais, gardant ton profil sur ma gorge,
Par ta bouche qui dort
Entendre de tes seins la délicate forge
Souffler jusqu’à ma mort…

Mauvaise compagne, espèce de morte,
De quels corridors,
De quels corridors pousses-tu la porte
Dès que tu t’endors ?…

Rien ne m’effraie plus que la fausse accalmie
D’un visage qui dort ;
Ton rêve est une Egypte, et toi c’est la momie
Avec son masque d’or.

Où ton regard va-t-il sous cette riche empreinte
D’une reine qui meurt,
Lorsque la nuit d’amour t’a défaite et repeinte
Comme un noir embaumeur ?

Abandonne, ô ma reine, ô mon canard sauvage,
Les siècles et les mers ;
Reviens flotter dessus, regagne ton visage
Qui s’enfonce à l’envers.

Jean Cocteau

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