Partir

Partir

Partir et rien que partir
Partir et pour toujours
Ne plus revenir
Ne plus attendre
Voir du bleu et du blanc
Du rouge et du merveilleux
Aller à la rencontre du néant
Sans le savoir sans le vouloir
M’y enfoncer tout entière
Les yeux fermés
Me voir me sentir
Mourir mourir
Sentir d’instant en instant
Se détacher de tout moi
Tout ce que j’ai mal aimé
Tout ce que j’ai haï
Me voir morte sous une tombe blanche
Sous la terre ma terre rouge sang
Là-haut sur une montagne
Entourée d’ombre et de silence
De lumière folle et de chants
Là-haut sur une montagne
Une montagne près du soleil.

Soumya Benkelma

(1974)

Soumya Benkelma (de son vrai nom Soumya Bemmalek) est une poétesse algérienne dont les premiers poèmes, alors qu’elle était encore étudiante, ont été publiés en juillet-août 1976 dans la revue « Europe » (n° 567-568, spécial Littérature algérienne).

Une réflexion au sujet de « Partir »

  1. Ismaco

    Sur le profil des cimes, le soir s’est égorgé . Les ombres dévorent les détails, mais sur la ligne des lointaines montagnes se dessinent encore des clartés.
    Les jeunes gens les regardent et tissent des désirs et des chimères ; les vieux prévoient par elles le temps qu’il fera demain.
    Peu à peu la campagne se peuple de frissons. L’adagio des invisibles violons prélude à la symphonie du crépuscule ; puis la mélodie se précise dans la flûte des grillons qui dialoguent avec la rumeur des montagnes. Les caroubiers essaient de chanter dans la brise et les nuages s’arrêtent un moment pour les écouter.
    Le fleuve, vieux musicien, coule toujours , toujours…
    […]
    La nuit engendre des pensées et calme les fatigues…
    […]
    Le ciel crève d’étoiles. On dirait que Pachamama accroche au ciel, à chaque crépuscule , les éperons de tous les gauchos qui ont déserte la vie !

    Atahualpa Yupanqui ,
    Horizons de pierre
    Editions Le Temps des Cerises
    1988
    Atahualpa Yupanqui , argentin
    Auteur compositeur interprète
    Ses chansons sont toutes emplies d’un demi siècle de sa vie passée entre la pampa et la montagne , parmi les campesinos et le peuples indigène Kolla dans la région apellé Tumbaya dans la province Argentine de Jujuy, nord-ouest . Dans ce récit Horizons de Pierre, chaque phrase est musique, silence, poésie, solitude, humanité, un texte devenu sensiblement  » un lieu sans oubli. »
    Et toutes les chansons d’Atahualpa sont des lieux emplis d’émotion et d’authenticité , car il n’écrivait que ce qu’il avait éprouvé , senti, vu, écouté .
    Chants de la terre , poésies des langues pre-hispaniques, rêves universels d’une justice réelle, chaque chansons est un témoignage d’une force vive et sans cesse révoltée à voix posée et digne. Voix & textes : mélodies inoubliables qui nous habitent pour toujours.
    Il écrivait pour et grâce à tous les opprimés, parce qu’il ne pouvait en être autrement…
    Voix qui manque, qui manque, qui manque .
    Véronique Chastelier

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