L’homme qui penche

L’homme qui penche

(extraits)

1.

CENTRE HOSPITALIER DE CADILLAC EN GIRONDE,
PAVILLON CHARCOT. OCTOBRE 1996
C’est l’alcool. Je suis là pour me
sevrer, redevenir un homme d’eau et
de thé. J’envisage les jours qui viennent
avec tranquillité, de loin, mais attentif.
Je dois tuer quelqu’un en moi, même si
je ne sais pas trop comment m’y prendre.
Toute la question ici est de ne pas perdre
le fil. De le lier, à ce que l’on est, à ce que
je suis, écrivant.

24

Un homme marche dans les feuilles,
non loin du pavillon. Il se déplace si
lentement, avec tant de précautions
qu’il ne s’aperçoit pas qu’un arbre le
suit.

38

Je n’arrive pas à leur parler. Pas
entièrement comme je voudrais. Je
laisse des mots derrière les mots –
arrivés mais cachés, en retrait de
l’enterrement.
J’effleure ce que j’écris comme après
une longue journée de travail.
Chaque mot m’essouffle.

51

L’homme qui penche se penche
pour écrire, pour retenir, peut-être,
ce qui était plus penché que lui. Il y
a les bruits que fait quelqu’un dans
mon oreille. Et quelque chose qu’on
a laissé tomber.

Thierry Metz

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