La litanie des coucous

La litanie des coucous

La litanie des coucous
rien ne transpire ni de l’herbe
ni de la terre ni des fleurs
lignes de briques murs effondrés
seules les fondations répartissent les carrés
hermétiques les images
où bourdonnent les insectes
la blancheur des arbres fusent
vers un ciel voilé
qui filtre la chaleur
césure du chant

2.

non, les merles n’ont pas déserté
où l’infâme
ni le soleil
et la nature indifférente
au malheur
ne porte pas le deuil

3.

à l’interstice des pavés la mousse
sèche
là courent les fourmis
actives
dans le lieu qui a connu
la mort absolue usine
de la mort vestiges de notre temps
les lieux ont‑ils une mémoire ?
par le corps qui balance
au rythme de la voix
par le souffle qui ouvre
l’œil du cœur
donner au lieu
sa mémoire
par le silence l’entretenir

4.

ici fin mai
où l’infâme
retrouver un signe de l’enfance
touffes blanches qui voltigent
poils arrachés à la barbe de Satan, dit‑on
accrochés aux cils voilà douze ans
à Florence
en chemin vers l’ultime Cène
du sacrifice au plus barbare
où commence où finit le siècle

5.

ferme les yeux juif ferme les yeux
sous le regard qui bondit de la dalle
béton arraché fendu brisé
par le séisme de mains d’homme
à vif le rêve noir de l’enfant
traverse le doute où le dieu se retire
dans le poids du jour
lévite à l’ombre du miroir
qui reflète un doigt
haut levé d’où la fumée
disparaît dans les cieux

Abdelwahab Meddeb

Auschwitz 27 mai 2003 – Esprit, juillet 2003, p. 6‑8

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