Chen Jinhuo

Chen Jinhuo

Ils dansent autour de la fille
hei-yo, hei-yo !
dehors quelqu’un prend une lampe et leur parle avec un haut-parleur
l’un de la main gauche l’autre de la main droite
se partagent les seins de la fille comme s’ils ouvraient un coquillage
ils se rappellent que dans tout le désert les roseaux ont blanchi
que dans l’étang des milliers de grenouilles ont enflé enflé
puis ont explosé comme des fruits et l’étang s’est couvert de leurs tripes
ils ont cru voir un extraterrestre coiffé d’un casque à tête de poisson
qui un soir a garé son chariot élévateur sur l’emplacement d’un directeur d’école et leur a dit
« donc les étalons on les achète au marché de l’est, les selles au marché de l’ouest,
les rênes au marché du sud et les cravaches au marché du nord… »
Après quoi, ils sont allés loin très loin
ce soir ils ont éventré la fille, lui ont pris
son pancréas comme un corail doré à la lueur des fonds marins
sa vésicule comme une émeraude
ses calculs rénaux comme des jades blancs pour bagues d’archers
son estomac comme une outre en peau de chameau
ses intestins par milliers comme les cheveux démoniaques de Méduse
ils sont élégants   ont le visage fatigué baisent
les pétales de rose finement ridées de la fille ouverte et nue
à tour de rôle ils la baisent
lui ouvrent la gorge sèche comme de la colle à un moment elle chante
pousse vers le ciel une note aiguë comme si elle était sur la pointe des pieds
ils lui mangent la paume des mains imaginent
qu’elle est un poisson fluorescent au corps translucide
qui n’a que les os et nage dans l’océan ténébreux
ils lui enlèvent ses glandes lacrymales
désormais la fille ne sait plus pleurer de tristesse
ils écartèlent ses lèvres blanches juteuses comme s’ils mangeaient une orange
ses poumons comme deux rideaux de dentelle qu’on a oublié de fermer
son oreille comme l’anse d’une théière de céramique brisée par mégarde
ses pupilles comme les leurs
humides et curieuses et qui regardent le monde
à un angle de 360 degrés
sa peau blanche comme une robe de mariée
qu’elle porte timide et en désordre
ils disent
hei-yo, hei-yo !
elle ne répond pas
son cœur tressaute
comme une boîte à musique dont le son envahit la chambre
et les console

Lo Yi-Chin

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