Armor

Armor

Cimetière, présent en ruines, lieu au bout du village de la décharge des morts, domaine des poules, jonchet de croix vulgaires et de fleurs artificielles.

A Guéhenno le Christ ressuscité sur l’ossuaire, dans le vivier du feuillage, druide lignifié, est revêtu, comme l’écorce des chênes, d’une fine mousse grise,
écaille de sel, qui unifie.

Du temps la patine apparie peu à peu, apaisant la discorde du métal et de la pierre, du platane et du ciel ; il fait que les choses se ressemblent, couleur d’immortelles au fond d’une
baie.

Ici l’océan même a cessé, qui divisait toujours en deux le cercle de la vue. La croix barre les troncs ; tout est bâti en pierres de chapelle. La Bretagne redouble, couleur
de schiste.

Ici se cache le cœur des choses.

A Guéhenno, dans l’enclos paroissial, église, cimetière, calvaire, et ciel, enceinte de pierres, les choses sont devenues de plus en plus parentes. Leur amitié luit ; elle a
le gris de la mousse fine qui s’éprend de la pierre comme de l’arbre.

Au cimetière c’est le présent cassé en mille morceaux.

Espace et temps non disjoints, en œuvre, et pris sur le fait : la poésie, empirisme perçant, capte le tempo du monde, preuve irréfutable.

Michel Deguy

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