René de Ceccatty (Acte II)

Écrire, Vivre, Traduire…

René de Ceccatty (Photo Catherine Hellier-Gallimard)
René de Ceccatty (Photo Catherine Hellier-Gallimard)

Peut-être s’agit-il encore de “traduction” dans l’œuvre de René de Ceccatty écrivain, traduction de ce qui a été vécu, avec cette « vibration de vérité » qui implique le lecteur sur la « scène de la littérature », pour reprendre les expressions de René de Ceccatty dans un article du numéro d’octobre 2011 de la N.R.F. intitulé « Je & Moi ».

Dans son œuvre romanesque – entre autobiographie et autofiction, mais elle échappe à ces catégories réductrices -, René de Ceccatty raconte, dramatise, analyse, médite, démêle, mêle et retisse sans cesse l’inextricable entrelacs de la « souffrance d’aimer sans retour », de l’élan torturant du désir, de l’inquiétude et de la jalousie, du remords et de la culpabilité, de l’attente et de la solitude, de l’impossible adéquation à l’autre et à soi, de la blessure de la vie.

Avec Aimer, Consolation provisoire, L’éloignement, chez Gallimard en 96, 98 et 2000, avec Une fin et Fiction douce, au Seuil en 2004 et 2007, avec L’hôte invisible, chez Gallimard en 2007 et Raphaël et Raphaël, chez Flammarion en 2012, René de Ceccatty engage la littérature dans l’expérience même de la vie et engage la vie dans l’expérience d’écrire – comme une mise à l’épreuve réciproque, comme un défi à relever inlassablement, « avec courage », pour reprendre sans cesse, avec douceur et cruauté, lucidité, tendresse et mélancolie, sa quête de vérité sur les songes, mensonges et leurres du Moi lorsqu’il aime sans retour.

Et entre les récits anciens et les récits nouveaux s’opère une circulation de sens et d’émotions qui tisse d’un roman à l’autre « une sorte de dialogue – disons plutôt de colloque – nécessairement sentimental, » écrit le romancier Philippe Forest dans le numéro d’avril 2002 d’Art Press.

Entrer dans les cycles de ses romans, c’est aussi pour le lecteur « entrer en scène » et lire la partition d’une vaste composition théâtrale et musicale avec ses leitmotive, ses variations, reprises et contrepoints, suivre une quête de vérité qui vaut exploration et déchiffrement de l’énigme de sa propre existence de son Moi…

Dans l’article de la N.R.F. déjà cité, René de Ceccatty évoque le sentiment de « peur » que lui inspire chaque livre au moment où il l’écrit : «  A quoi tient-il ? C’est le trac, au fond, avant d’entrer en scène ? […]. Et si j’étais incapable de partager ? Je ne dis pas séduire, qui n’appartient pas à mon vocabulaire psychique et esthétique. Mais seulement partager ce que je tende de comprendre. » De ce partage, naît pour nous, lecteurs, le sentiment apaisant et poétique d’une véritable catharsis.

Monique Moulia
Pour Le Marché de la Poésie de Bordeaux

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