Jean-Yves Masson

Poète de la ferveur et de l’écoute

(Vidéo : Conférence inaugurale du Banquet du Livre de printemps 2012 à Lagrasse, sur la littérature allemande.)

Poésie de Jean-Yves Masson, poésie de la ferveur et de l’écoute, poésie de l’attente et de la joie inquiètes et confiantes, de la présence au monde et au temps célébrés comme un don, comme une bénédiction. Poésie d’un veilleur qui guette et espère – dans la nuit, à l’aube et dans la splendeur du jour, à travers les songes et la vie éveillée, dans le silence – l’éclosion et la révélation d’une parole habitée – comme à Delphes :

« […] De nuit,
je me suis approché de ton dieu sous les étoiles, j’ai lancé
vers lui ma prière, j’ai donné voix à ton sommeil, j’ai
recueilli l’ultime oracle du silence, »
écrit-il dans le neuvain XXX adressé à Delphes « ville invisible » (in Neuvains du sommeil et de la sagesse, Cheyne éditeur, 2008)

En exergue à ce recueil, Jean-Yves Masson a mis deux vers du chant XI de l’Odyssée, et au cœur du recueil, Mycènes, Delphes, lancent leur appel au guetteur de signes :

« Ile invisible […] tu brilles pour qui sait
apercevoir en toi le vif éclair durable du divin. »
(Neuvain XXIX adressé à Délos)

Ainsi la Grèce, PATRIE IDEALE pour Hölderlin, habite-t-elle aussi la quête de beauté et de sagesse menée par J.Y. Masson, son imaginaire et ses songes:

« Les chemins éternels qui mènent au territoire de beauté,
nul ne pourra les effacer, toujours ils attendent que vienne
un voyageur aux lèvres frémissantes de chansons. »
(Neuvain III)

Jean-Yves Masson sera pour nous ce « voyageur aux lèvres frémissantes de chansons » qui fera résonner la parole poétique du poète allemand Hölderlin sur lequel il a écrit, qui saura la lire à nouveau pour nous et la « traduire » encore – en dialogue avec le poète Jean-Paul Michel – pour nous guider « sur les traces des dieux enfuis » (voir l’article « Hölderlin »).

Et le titre de la collection consacrée à la littérature germanique qu’il dirige chez Verdier – Der Doppelgänger – « Le Double » – lui a été inspiré, dit-il, par sa conviction que le traducteur est « celui qui met ses pas dans les pas de quelqu’un d’autre. En allemand, le « double », c’est cela. » Et J-Y. Masson a mis ses pas dans ceux de Rilke, de Hofmansthal (mais aussi de Yeats et de Mario Luzi )… Et les auteurs traduits vivent en lui… Et en traduisant, il réalise la fusion de l’acte critique et de l’acte de création, de la lecture et de l’écriture…

Pour J.Y. Masson, écrire répond aussi à un projet de partage du monde : « Il faut écrire pour nouer le présent au passé, contre les mirages de ce perpétuel présent jouisseur et consommateur dans lequel la barbarie contemporaine entend nous faire vivre. La mémoire est plus que notre mémoire singulière. Elle est ce par quoi la vie redevient possible dans un monde partagé. »

Et à la fin de L’incendie du théâtre de Weimar, le roman qu’il vient de publier chez Verdier, il cite Walter Benjamin : « Il y a un rendez-vous mystérieux entre les générations défuntes et celle dont nous faisons partie nous-mêmes. Nous avons été attendus sur terre. »

Ce lien mystérieux, cette élection secrète, il semble que toute l’œuvre de J-.Y. Masson – son œuvre de poète, de traducteur, de nouvelliste et de romancier – en manifeste et en célèbre la présence réelle.

Monique Moulia pour Le Marché de la Poésie

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