LA GRANDE LIBRAIRIE…olympique

Jean-Paul Brussac dirige la Librairie olympique (23, rue Rode à Bordeaux) et, depuis quelque quinze ans, inspire le Marché de la poésie de Bordeaux. Le 13 février 2014, il était l’invité de LA GRANDE LIBRAIRIE pour le Choix des libraires. Il nous a parlé de poésie, bien sûr, de Constantin Cavafis (ou Cavafy), dont il a lu un extrait de Une nuit (voir ci-dessous), de Jacques Vandenschrick… Pour les enfants, il a aussi conseillé Ah! Ernesto, un album jeunesse de Marguerite Duras, illustré par Katy Couprie (Editions Thierry Magnier).

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Μια Νύχτα
Η κάμαρα ήταν πτωχική και πρόστυχη,
κρυμένη επάνω από την ύποπτη ταβέρνα.
Aπ’ το παράθυρο φαίνονταν το σοκάκι,
το ακάθαρτο και το στενό. Aπό κάτω
ήρχονταν η φωνές κάτι εργατών
που έπαιζαν χαρτιά και που γλεντούσαν.

Κ’ εκεί στο λαϊκό, το ταπεινό κρεββάτι
είχα το σώμα του έρωτος, είχα τα χείλη
τα ηδονικά και ρόδινα της μέθης —
τα ρόδινα μιας τέτοιας μέθης, που και τώρα
που γράφω, έπειτ’ από τόσα χρόνια!,
μες στο μονήρες σπίτι μου, μεθώ ξανά.

Κωνσταντίνος Πέτρου Καβάφης, 1915.

Une nuit
La chambre était pauvre et vulgaire,
cachée au-dessus de la taverne louche.
Par la fenêtre, on apercevait la ruelle,
étroite et sordide. D’en bas montaient
les voix de quelques ouvriers
qui jouaient aux cartes et qui s’amusaient.

Et là, sur l’humble lit plébéien,
j’ai possédé le corps de l’amour, j’ai possédé les lèvres
voluptueuses et rouges de l’ivresse —
rouges d’une telle ivresse qu’en ce moment
même où j’écris, après tant d’années !,
dans la solitude de ma maison, j’en suis de nouveau enivré.

Traduction de Dominique Grandmont, En attendant les barbares et autres poèmes, Gallimard.

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