Ode à Fernando Pessoa

« Être poète n’est pas une ambition pour moi
c’est ma façon d’être tout seul.
»
Alberto Caeiro ‘’Le gardien de troupeaux’’

Tu as quitté la rue des Duradores
tu fais halte un instant au bistro familier
et glisse discrètement sous ta veste
la fiasque de porto à boire en solitaire

Puis tu descends au port jusqu’à la silhouette
dressée par Folon de ton hétéronyme
au visage caché sous les pages d’un livre
afin de n’être identifié à ‘’personne’’

En spectateur lointain tu regardes le Tage
simple fleuve où glisse vers la mer un navire
dont tu pourrais être un quelconque passager
basculant inaperçu par dessus le bord

Ton cœur tu le sens a ‘’la taille d’une pierre’’
sous le regard des fleurs tu te veux l’âme simple
tu refuses surtout de t’en laisser conter
sur les hommes et sur leur image de Dieu

Tu te divertis à observer tes semblables
le seule vérité qui parfois te convienne
est celle qui existe en dehors de toi-même
sans risquer l’aventure au-delà du connu

Parmi les reflets déformants du labyrinthe
où ‘’multifrons’’tu erras dans ton existence
orphelin de toi-même en tes métamorphoses
ô Pessoa que nous aimons qui donc es-tu ?

Ô maître de saudade
et d’intranquillité
auras-tu jamais su
qui vraiment tu étais ?

J’ai connu à Paris
un nommé Caeiro
qui m’offrit le recueil
d’Alvaro de Campos…

Jean-Claude Xuereb

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