L’oubli vient

Dans les greniers habités par des colombes dont les ailes tremblent entre vitres et ténèbres
je vois la pureté de visages qui se forment dans la pluie et
des larmes sur des ulcères jaunes.

Ce sont des greniers de l’enfance. Je traverse l’oubli.

*

Dans les églises et les cliniques
j’ai vu des colonnes de lumière et des ongles d’acier
et j’ai supporté agrippé aux mains de ma mère.

À présent
j’écarte des tissus de crêpe et des canules hypodermiques :
je cherche les mains de ma mère dans les armoires pleines
d’ombre.

*

J’ai vu mon visage à l’intérieur du cuivre lustré par le vinaigre et le froid.
C’était l’enfance face à des trous sanglants,
l’enfance embrasée dans ses pétales, perdue
dans la douceur noire de lointaines chansons.

*

J’ai traversé les croyances. Longtemps
il a neigé sans espoir.
Des mères devenaient folles au petit jour : j’écoute leurs cris jaunes.

Il neige encore. je crois en la disparition.

Je crois en la colère.

Antonio Gamoneda,
Clarté sans repos, traduit par Jacques Ancet,
Arfuyren, 2006.

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