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La vie qui se rompt

 

La vita che si rompe nei travasi
secreti a te ho legata:
quella che si dibatte in sé e par quasi
non ti sappia, presenza soffocata.

Quando il tempo s’ingorga alle sue dighe
la tua vicenda accordi alla sua immensa,
ed affiori, memoria, più palese
dall’oscura regione ove scendevi,
come ora, al dopopioggia, si riaddensa
il verde ai rami, ai muri il cinabrese.

Tutto ignoro di te fuor del messaggio
muto che mi sostenta sulla via:
se forma esisti o ubbia nella fumea
d’un sogno t’alimenta
la riviera che infebbra, torba, e scroscia
incontro alla marea.

Nulla di te nel vacillar dell’ore
bige o squarciate da un vampo di solfo
fuori che il fischio del rimorchiatore
che dalle brume approda al golfo.

Eugenio Montale, da Ossi di seppia, Mondadori, Milan, 2005

La vie qui se rompt dans les transfusions
secrètes, je l’ai liée à toi :
celle qui se débat en soi et semble presque
t’ignorer, présence étouffée.-

Lorsque le temps s’engorge entre ses digues
tu accordes ton histoire à la sienne, immense,
et affleures, souvenir, plus évident,
de la région obscure où tu descendais,
comme à présent, après l’averse, se recondense
le vert sur les branches, aux murs le vermillon.

De toi je ne sais rien, hormis le message
muet qui me soutient sur la route :
si, forme, tu existes ou si, chimère dans la fumée
d’un rêve, t’alimente
le torrent qui s’enfièvre, se trouble et gronde
face à la marée.

Rien de toi, quand vacillent les heures
grises ou déchirées par un éclair de soufre,
hormis le sifflement du remorqueur
sorti des brumes pour aborder au golfe.

Eugenio Montale, extrait de Os de seiche
in  Poèmes choisis, 1916-1980, Poésie/Gallimard, 1999.
Traduction Patrice Dyerval Angelini