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Fumerie

Fumerie

C’était bien avant l’opium que mon âme était malade.
Sentir la vie convalescent et faible
Et je vais chercher la consolation dans l’opium
Un Orient à l’orient de l’Orient.

Cette vie de bord va me tuer.
Ce ne sont que des jours enfiévrés dans la tête
Et, je recherche jusqu’à m’en rendre malade,
Je n’ai pas trouvé ce quelque chose pour m’adapter.

Dans le paradoxe et l’incompétence astral
Je vis le plissement d’or de ma vie,
Où l’onde de l’orgueil est une descente
Et les nœuds de mon mal sont une joie.

Il existe un mécanisme de catastrophes,
Un engrenage de volants faussés,
Je passe entre les visions d’échafauds
Un jardin avec des fleurs dans l’air sans tiges.

Je vais en zigzaguant au travers
D’une vie-intérieure de vie et de laque.
J’ai l’impression d’avoir à la maison le couteau
Avec lequel le Précurseur a été décapité.

J’expédie un crime dans une valise,
Qu’un grand-père a commis avec raffinement.
J’ai les nerfs sur la potence, en paquets de vingt,
Et je suis tombé dans l’opium comme on tombe dans un fossé.

Dans les bras endormi de la morphine
Je me perds dans de transparentes secousses
Et une nuit pleine d’éclats,
Se lève la lune comme se lève mon destin.

Moi, qui fus toujours un mauvais élève, maintenant
Je ne fais plus que regarder le navire aller
Par le Canal de Suez qui conduit
Ma vie, camphre dans l’aurore.

Je perdis les jours que j’avais amassés
A travailler pour avoir seulement de la fatigue
Qui est maintenant en moi une sorte de bras
A mon cou qui m’étouffe et me soutient.

Et je fus un enfant comme tout le monde.
Je suis né dans une province portugaise
Et les anglais que je connais
Disent que je sais parfaitement l’anglais.

Je voudrais avoir des poèmes et des romans
Publiés chez Plon et au Mercure,
Mais il est impossible que cette vie dure.
Si dans ce voyage je ne trouvais pas de tempête !

La vie à bord est une chose triste,
Bien que nous nous amusions parfois.
Je parle l’allemand, le suédois et l’anglais
Et ma douleur de vivre persiste.

Je ne crois pas utile d’avoir
A voyager à l’Est et voir l’Inde et la Chine.
La terre est semblable et petite
Et il n’y a qu’une seule façon de vivre.

Donc, je prends de l’opium. C’est un remède
Je suis un convalescent du Moment.
Je vis au rez-de-chaussée de la pensée
Et voir passer la vie m’ennuie.

Je fume. Je fatigue. Ah ! une terre où, enfin,
Très à l’est, je ne suis pas tout à fait à l’ouest !
Pourquoi suis-je allé visiter l’Inde
S’il n’y a pas d’Inde sinon dans l’âme en moi ?

Je suis déshonoré par mon antériorité de naissance.
Les tsiganes ont volé ma Chance.
Peut-être même ne trouverai-je pas au pied de la mort
Un endroit qui m’abritera de mon froid.

Je prétendais étudier le génie.
Je vécu en Ecosse. Je suis allé en Irlande.
Mon cœur est comme une marche de grand-mère
Mendiant aux portes de la Joie.

Ne viens pas près de Port-Saïd, navire de fer !
Tourne à droite, je ne sais pas par où.
Je passe les jours dans le fumoir avec le comte –
Un escroc français, un comte de fin d’enterrement.

Je rentre en Europe malheureux, et prêt
A devenir un poète somnambule.
Je ne suis pas catholique, mais monarchique
Et je souhaite être comme les choses fortes.

Je souhaite avoir des croyances et de l’argent,
Être les insipides personnes que j’ai vues.
Aujourd’hui, après tout, je ne suis ici,
Sur un navire quelconque qu’un passager.

Je n’ai aucune personnalité qui soit.
Il est plus remarquable que moi ce garçon
De bord qui a une belle manière élégante
De lord écossais pendant des jours à jeun.

Je ne peux pas être partout.
Ma patrie est là où je ne suis pas. Je suis malade et faible.
Le commissaire de bord est un voyou.
Il m’a vu avec la suédoise … et le reste il le devine.

Un jour, je vais faire un scandale ici à bord,
Juste pour vous entendiez parler de moi un peu plus.
Je n’en peux plus de la vie, et je pense que sont fatales
Les colères qui parfois me débordent.

Je passe la journée à fumer, à boire des choses,
Des drogues américaines, qui enivrent,
Et je suis déjà tellement ivre avec rien ! Pour cela
Pas de meilleur cerveau à mes nerfs de rose.

J’écris ces lignes. Il semble impossible
Qu’avec autant de talent, je le sente à peine !
Le fait est que cette vie est une béance
Où se perd une âme sensible.

Les Anglais sont destinés à exister.
Il n’y a pas de gens comme cela à fricoter
Avec la Tranquillité. Une personne laisse
Une pièce et sort, une autre rentre en souriant.

Je fais partie de ces Portugais
Qui, l’Inde ayant été découverte
Se retrouvèrent sans travail. La mort est certaine.
J’y ai pensé plusieurs fois.

Donnez au diable la vie et ce que les gens en font !
Je ne lis pas le livre à mon chevet.
L’Orient me dégoûte. C’est une natte
Que nous avons roulée et qui en oubliera d’être belle.

Par force, je tombe dans l’opium. Là, vouloir
Que je mette au propre une vie de cette sorte
On ne peut l’exiger. Âmes honnêtes
Avec des heures pour dormir et pour manger,

Quelle distance la pause ! Et cela n’est finalement que de l’envie.
Parce que ces nerfs sont ma mort.
N’y-a-t-il pas un navire qui me transporterai
Là où je ne souhaite rien que je ne vois pas!

Maintenant ! Je me fatiguerais de la même façon.
Je voudrais un autre opium, plus fort, envisager
Des rêves qui donnent une fin de moi
Et me jettent dans la boue.

Fièvre ! Si cela n’est pas de la fièvre,
Je ne sais pas comment vous avez de la fièvre et ce que vous sentez.
Le fait essentiel est que je suis malade.
C’en est fini, les amis, pour ce lièvre.

Elle est venue, la nuit. A la première
Cloche, pour qu’ils s’habillent pour le dîner.
La vie sociale en plus ! Eh oui! et marcher
Comme ces gens qui sortent par le collier !

Parce que tout cela se terminera mal et il y aura
(Bonjour!) Du sang et un révolver, là pour la fin
De cette agitation en moi
Et il n’y a pas moyen de s’y résoudre.

Et qui me regarde, doit me trouver banal,
Moi et ma vie … Regarde ! un garçon …
Mon propre monocle me fait
Appartenir à un type universel.

Ah ! Combien d’âme vivront, qui marchent nichés
Tout comme moi sur la Ligne, et comme moi mystiques !
Combien sous le manteau caractéristique
N’auront pas, comme moi, l’horreur de la vie?

Si seulement j’étais du dehors
Intéressant comment je le suis à l’intérieur!
Je suis dans le Maelstrom, chaque fois plus près du centre.
Ne rien faire, voici ma perte.

Un inutile. Mais il est si juste de l’être !
Nous pourrions regarder de haut les autres
Et, tandis qu’avec nos coudes troués,
Être héros, loufoque, maudit ou beau !

Je veux lever les mains
Dans la bouche et les mordre à fond et me faire mal.
Ce serait une occupation originale
Et distrayant les autres, ceux qui se disent en bonne santé.

L’absurdité, comme une fleur d’une telle Inde
Je ne suis pas allé trouver en Inde, est né
Dans mon cerveau fatigué d’être fatigant.
Ma vie qu’il la change, Dieu, où qu’il en finisse…

Qu’Il me laisse ici, dans ce fauteuil,
Jusqu’à ce qu’ils viennent me chercher avec le cercueil.
Je suis né pour avoir une condition de mandarin,
Mais je manque de calme, de thé et de natte.

Oh ! Combien ce serait bon de courir
Dans des trous par un piège !
La vie a le goût du tabac blond.
Je n’ai rien fait de plus que de fumer la vie.

Et après tout ce que je veux, c’est la foi, et calmement,
Et ne pas avoir ces sentiments confus.
Dieu, qu’Il en finisse avec çà ! Ouvrez les verrous –
Et assez de comédies dans mon âme!

Opiário

É antes do ópio que a minh’alma é doente.
Sentir a vida convalesce e estióla
E eu vou buscar ao ópio que consóla
Um Oriente ao oriente do Oriente.

Esta vida de bórdo há-de matar-me.
São dias só de febre na cabeça
E, por mais que procure até que adoeça,
já não encontro a móla pra adaptar-me.

Em paradoxo e incompetência astral
Eu vivo a vincos de ouro a minha vida,
Onda onde o pundonor é uma descida
E os próprios gozos gânglios do meu mal.

É por um mecanismo de desastres,
Uma engrenagem com volantes falsos,
Que passo entre visões de cadafalsos
Num jardim onde há flores no ar, sem hastes.

Vou cambaleando através do lavôr
Duma vida-interior de renda e laca.
Tenho a impressão de ter em casa a fáca
Com que foi degolado o Precursôr.

Ando expiando um crime numa mala,
Que um avô meu cometeu por requinte.
Tenho os nervos na forca, vinte a vinte,
E caí no ópio como numa vala.

Ao toque adormecido da morfina
Perco-me em transparências latejantes
E numa noite cheia de brilhantes,
Ergue-se a lua como a minha Sina.

Eu, que fui sempre um mau estudante, agora
Não faço mais que ver o navio ir
Pelo canal de Suez a conduzir
A minha vida, cânfora na aurora.

Perdi os dias que já aproveitara
Trabalhei para ter só o cansaço
Que é hoje em mim uma espécie de braço
Que ao meu pescôço me sufoca e ampara.

E fui criança como toda a gente.
Nasci numa província portuguêsa
E tenho conhecido gente inglêsa
Que diz que eu sei inglês perfeitamente.

Gostava de ter poemas e novelas
Publicados por Plon e no Mercure,
Mas é impossível que esta vida dure.
Se nesta viagem nem houve procelas!

A vida a bordo é uma coisa triste,
Embora a gente se divirta às vezes.
Falo com alemães, suecos e ingleses
E a minha mágoa de viver persiste.

Eu acho que não vale a pena ter
Ido ao Oriente e visto a índia e a China.
A terra é semelhante e pequenina
E há só uma maneira de viver.

Por isso eu tomo ópio. É um remédio
Sou um convalescente do Momento.
Moro no rés-do-chão do pensamento
E ver passar a Vida faz-me tédio.

Fumo. Canso. Ah uma terra aonde, enfim,
Muito a leste não fosse o oeste já!
Pra que fui visitar a Índia que há
Se não há Índia senão a alma em mim?

Sou desgraçado por meu morgadio.
Os ciganos roubaram minha Sorte.
Talvez nem mesmo encontre ao pé da morte
Um lugar que me abrigue do meu frio.

Eu fingi que estudei engenharia.
Vivi na Escócia. Visitei a Irlanda.
Meu coração é uma avòzinha que anda
Pedindo esmola ás portas da Alegria.

Não chegues a Port-Said, navio de ferro!
Volta à direita, nem eu sei para onde.
Passo os dias no smokink-room com o conde –
Um escroc francês, conde de fim de enterro.

Volto à Europa descontente, e em sortes
De vir a ser um poeta sonambólico.
Eu sou monárquico mas não católico
E gostava de ser as coisas fortes.

Gostava de ter crenças e dinheiro,
Ser vária gente insípida que vi.
Hoje, afinal, não sou senão, aqui,
Num navio qualquer um passageiro.

Não tenho personalidade alguma.
É mais notado que eu esse criado
De bordo que tem um belo modo alçado
De laird escocês há dias em jejum.

Não posso estar em parte alguma.
A minha Pátria é onde não estou. Sou doente e fraco.
O comissário de bordo é velhaco.
Viu-me co’a sueca… e o resto ele adivinha.

Um dia faço escândalo cá a bordo,
Só para dar que falar de mim aos mais.
Não posso com a vida, e acho fatais
As iras com que às vezes me debórdo.

Levo o dia a fumar, a beber coisas,
Drogas americanas, que entontecem,
E eu jà taõ bêbado sem nada ! Déssem
Melhor cérebro aos meus nervos como rosas.

Escrevo estas linhas. Parece impossível
Que mesmo ao ter talento eu mal o sinta!
O fato é que esta vida é uma quinta
Onde se aborrece uma alma sensível.

Os inglêses são feitos pra existir.
Não há gente como esta pra estar feita
Com a Tranquilidade. A gente deita
Um vintém e sai um deles a sorrir.

Pertenço a um gênero de portuguêses
Que depois de estar a Índia descoberta
Ficaram sem trabalho. A morte é certa.
Tenho pensado nisto muitas vezes.

Leve o diabo a vida e a gente tê-la!
Nem leio o livro à minha cabeceira.
Enoja-me o Oriente. É uma esteira
Que a gente enróla e deixa de ser béla.

Caio no ópio por força. Lá querer
Que eu leve a limpo uma vida destas
Não se pode exigir. Almas honestas
Com horas pra dormir e pra comer,

Que um raio as parta! E isto afinal é inveja.
Porque estes nervos são a minha morte.
Não haver um navio que me transporte
Para onde eu nada queira que o não veja!

Ora! Eu cansava-me o mesmo modo.
Qu’ria outro ópio mais forte pra ir de ali
Para sonhos que dessem cabo de mim
E pregassem comigo nalgum lôdo.

Febre! Se isto que tenho não é febre,
Não sei como é que se tem febre e sente.
O fato essencial é que estou doente.
Está corrida, amigos, esta lebre.

Veio a noite. Tocou já a primeira
Corneta, pra vestir para o jantar.
Vida social por cima! Isso! E marchar
Até que a gente saia pla coleira!

Porque isto acaba mal e há-de haver
(Olá!) sangue e um revólver lá pró fim
Deste desassossego que há em mim
E não há forma de se resolver.

E quem me olhar, há-de-me achar banal,
A mim e à minha vida… Ora! um rapaz…
O meu próprio monóculo me faz
Pertencer a um tipo universal.

Ah quanta alma viverá, que ande metida
Assim como eu na Linha, e como eu mística!
Quantos sob a casaca característica
Não terão como eu o horror à vida?

Se ao menos eu por fora fosse tão
Interessante como sou por dentro!
Vou no Maelstrom, cada vêz mais pró centro.
Não fazer nada é a minha perdição.

Um inútil. Mas é tão justo sê-lo!
Pudesse a gente desprezar os outros
E, ainda que co’os cotovêlos rôtos,
Ser herói, doido, amaldiçoado ou bélo!

Tenho vontade de levar as mãos
À boca e morder nelas fundo e a mal.
Era uma ocupação original
E distraía os outros, os tais sãos.

O absurdo, como uma flor da tal Índia
Que não vim encontrar na Índia, nasce
No meu cérebro farto de cansar-se.
A minha vida mude-a Deus ou finde-a…

Deixe-me estar aqui, nesta cadeira,
Até virem meter-me no caixão.
Nasci pra mandarim de condição,
Mas falta-me o sossego, o chá e a esteira.

Ah que bom que era ir daqui de caída
Prá cova por um alçapão de estouro!
A vida sabe-me a tabaco louro.
Nunca fiz mais do que fumar a vida.

E afinal o que quero é fé, é calma,
E não ter estas sensações confusas.
Deus que acabe com isto! Abra as eclusas —
E basta de comédias na minh’alma!

Álvaro de Campos
(Hétéronyme de Fernando Pessoa)

Traduction : Jacky Lavauzelle