Antes el comienzo

Antes el comienzo

Ruidos confusos, claridad incierta
Otro día comienza.
Es un cuarto en penumbra
y dos cuerpos tendidos.
En mi frente me pierdo
por un llano sin nadie.

Ya las horas afilan sus navajas.
Pero a mi lado tú respiras;
entrañable y remota
fluyes y no te mueves.
Inaccesible si te pienso,
con los ojos te palpo,
te miro con las manos.

Los sueños nos separan
y la sangre nos junta:
somos un río de latidos.
Bajo tus párpados madura
la semilla del sol.

El mundo
no es real todavía,
el tiempo duda:
sólo es cierto
el calor de tu piel.
En tu respiración escucho
la marea del ser,
la sílaba olvidada del Comienzo.

Avant le commencement

Bruits confus, clarté incertaine
Un autre jour commence.
Ce sont une pièce dans la pénombre
et deux corps allongés.
Dans ma tête, je me perds
Dans une plaine sans personne.

Déjà les heures affilent leurs lames.
Mais à mon côté tu respires ;
intime et lointaine
tu fuis et ne bouges pas.
Inaccessible si je te pense,
des yeux je te palpe,
avec les mains je te regarde.

Les rêves nous séparent
et le sang nous unit :
nous sommes un fleuve de pulsations.
Sous tes paupières murit
la semence du soleil.

Le monde
n’est pas encore réel,
et le temps hésite :
seule certitude
la chaleur de ta peau.
Dans ta respiration j’écoute
la marée de l’être,
la syllabe oubliée du Commencement.

Octavio Paz

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