Au hasard

« Tout de l’être se doit, dans la mort, éternellement regretter… »

Tout de l’être se doit, dans la mort, éternellement
regretter. Les choses mauvaises, même, de simplement être gagnent
ce mérite sans égal de fourni occasion, serait-ce
à se heurter, blesser d’au moins
répondre, résister, permettre
ter rebond qui sauve à qui, du pied, prend appui sur leur arête, vérifie
qu’il est, que choses, les mauvaises même,
sont
 

Le nom vrai d’être est
Chance. L’autrement nommer diminue.
Oui. Toutes choses,
les mauvaises même, se doivent, dans la mort, éternellement
regretter. Pourtant,
dans cette lumière de mai m’étreint un émoi plus grand
à l’idée du regret du plus regrettable, cette
lumière justement
dans son innocence printanière sa
simplicité d’avant tout savoir et même
l’idée de sa possible
perte.

Le plus regrettable serait,
pour moi, la perte des premières
brises
le réveil des atomes bienfaisants d’un peu
d’enfance intacte au sortir de l’hiver
ce rien l’éclat
d’un sous-bois en mai le vert
tendre, presque jaune, des jeunes pousesses, la douceur de ces feuillettes
nouvelles-nées transparentes presque qu’illumine la grâce
céleste d’un rayon de biais
pointillé d’obstacles sombres lavant
de tout péché ce qu’il
effleure.

D ‘où vient, de quelle enfance ? cet émoi vif
qu’immanquablement réveille
la lumière de mai ? Non
comme métaphore, mais bien toute physique lumière
de printemps réel, et dans les villes modernes à l’égal des
petites routes de campagne sur le chemin de
l’imprimerie ?

Plus que tout mon regret sera de cette
lumière de printemps, son mouvement de divine résurrection et si humaine
caresse, ne plus voir s’animer
les jeunes gens bras nus les
enfants aux premiers
rayons.
Sans doute aurai-je à pleurer nos maisons nos palais nos fêtes,
les ciels divers des pays les mers la conversation des amirs les livres
La perte
de tout ce que nous eûmes à
aimer,
mais davantage, je le crois, ces riens :
la lumière et les voix, mai, chance pure, éclat,
sourires où rien ne pèse,
joie.

Scroll Up